Toute cette série a construit votre entreprise d’agents : des employés (Agent Framework), leurs outils (MCP), leurs procédures (workflows). Mais une entreprise ne vit pas en vase clos : elle a des fournisseurs, des transporteurs, des partenaires — qui ont, eux aussi, leurs agents.
Comment votre agent logistique demande-t-il à l’agent du transporteur où en est la livraison ? Réponse : A2A — Agent-to-Agent protocol — le standard ouvert qui fait se parler des agents de systèmes, d’éditeurs et d’entreprises différents. Vous allez voir : c’est pas sorcier.
MCP branche des outils ; A2A fait dialoguer des agents
La confusion classique d’abord, car les deux protocoles sont cousins :
- MCP, c’est la prise murale : elle branche des outils — passifs, déterministes — sur votre agent.
GetStockne réfléchit pas : il répond. - A2A, c’est le téléphone inter-entreprises : il met en relation deux agents — deux systèmes autonomes qui raisonnent, posent des questions en retour, et mettent du temps à travailler.
Le test simple : si la chose appelée exécute et retourne (une fonction), c’est un outil → MCP. Si elle délibère, demande des précisions et revient plus tard (un employé), c’est un agent → A2A. Et les deux se composent naturellement : l’agent du transporteur que vous appelez en A2A utilise, en interne, ses propres outils MCP. La prise dans les ateliers, le téléphone entre les sièges sociaux.
La carte de visite : l’Agent Card
Comment votre agent découvre-t-il ce que sait faire l’agent d’en face ? Chaque agent A2A publie une Agent Card — un document JSON à une adresse convenue (/.well-known/agent-card.json), littéralement sa carte de visite :
{
"name": "Agent Livraisons TransExpress",
"description": "Suivi et replanification des livraisons TransExpress.",
"url": "https://agents.transexpress.example/a2a",
"skills": [
{ "id": "track-shipment", "description": "Localise un colis et estime l'arrivée." },
{ "id": "reschedule-delivery", "description": "Replanifie une livraison." }
],
"securitySchemes": { "...": "comment s'authentifier" }
}
Qui je suis, ce que je sais faire (mes skills), où me joindre, comment vous identifier. Votre agent lit la carte, choisit la compétence, et engage la conversation — sans intégration sur mesure. C’est exactement ce que MCP a fait pour les outils, appliqué un étage au-dessus.
Le bon de commande : la task
Le deuxième concept clé règle le problème du temps. Une question d’agent à agent n’est pas un appel de fonction qui répond en 200 ms : « replanifie la livraison » peut demander des vérifications, une validation humaine côté transporteur, des heures. A2A modélise donc l’échange comme une task — un bon de commande avec un cycle de vie :
soumise → en cours → (besoin d’une précision ?) → terminée / échouée
Votre agent soumet la task, puis suit son état (notifications, streaming des mises à jour). L’agent d’en face peut demander un complément (« quel créneau préférez-vous ? ») avant de reprendre. Et le résultat final — texte, données structurées, documents — arrive sous forme d’artifacts. Vous reconnaissez le pattern : c’est le RequestPort des workflows, étendu entre organisations — et la même philosophie que les bons de mission des sous-agents : brief, mission, livrable.
Opaque par design : on ne visite pas l’usine du fournisseur
Un choix de conception capital, et très « entreprise » : A2A est opaque. L’agent du transporteur ne révèle ni son raisonnement, ni ses outils internes, ni ses données — seulement ses compétences affichées et ses réponses. Vous ne visitez pas l’usine de votre fournisseur : vous passez commande au comptoir.
C’est ce qui rend le protocole viable entre entreprises (secret industriel, conformité, sécurité)… et c’est aussi sa conséquence la plus sérieuse : vous faites confiance à une boîte noire. D’où l’importance du reste du protocole — authentification mutuelle (les schémas de sécurité de la carte), et vos propres réflexes : tracer ces échanges comme n’importe quel appel sortant, et vérifier ce qui est vérifiable avant d’agir sur la réponse d’un agent tiers.
Où en est l’écosystème (et Microsoft dedans)
A2A, initié par Google puis confié à la Linux Foundation, a rallié les grands noms — dont Microsoft, qui l’a adopté dans Foundry et Agent Framework : votre agent .NET peut appeler un agent A2A distant, et votre propre agent peut s’exposer en A2A, carte de visite comprise. La boucle des poupées russes de la série est bouclée : un workflow devient un agent, l’agent devient un serveur MCP pour vos outils internes… et un agent A2A pour vos partenaires externes.
Le mot d’honnêteté, car il s’impose : A2A est jeune. Le protocole est stable et gouverné, mais l’annuaire d’agents publics reste embryonnaire, les modèles de confiance inter-entreprises (qui certifie la carte de visite ? qui répond des dégâts d’un agent tiers ?) sont en construction, et vos premiers usages seront probablement… internes — entre les agents de vos propres départements, là où la confiance existe déjà. C’est le pari classique du standard : s’y préparer avant d’en avoir besoin.
En résumé
- MCP branche des outils sur un agent ; A2A fait dialoguer des agents entre eux — la prise et le téléphone, complémentaires par construction.
- L’Agent Card : la carte de visite JSON publiée (identité, compétences, adresse, authentification) — la découverte sans intégration sur mesure.
- La task : un bon de commande avec cycle de vie — longue durée, questions en retour, artifacts en livraison.
- Opaque par design : ni raisonnement ni outils exposés — viable entre entreprises, mais boîte noire à tracer et vérifier.
- Gouverné par la Linux Foundation, adopté par Microsoft dans Foundry/Agent Framework — jeune, mais c’est le standard à suivre.
Vos agents ont des cartes de visite, des bons de commande et un standard téléphonique : l’économie des agents commence à ressembler… à une économie. Et ça, franchement… c’est pas sorcier.