Faites l’expérience : donnez le même prompt à deux agents IA, l’un dans un dépôt nu, l’autre dans un dépôt outillé — des ADR, un glossaire, des schémas, des tests qui racontent le comportement. Le premier devine ; le second sait. Même modèle, même prompt, deux résultats sans rapport. La différence ne vient pas de l’IA : elle vient de ce que le dépôt a à lui dire.

Depuis cet été, cette série explore un par un ces artefacts — les ADR, le glossaire, les diagrammes as code, l’historique Git. Aujourd’hui, prenons de la hauteur : voici la carte complète du dépôt qui parle — et les dix prochains jours pour la parcourir. Vous allez voir : c’est pas sorcier.

La thèse : la valeur migre du code vers ses artefacts

Le vibe coding a un effet secondaire que peu de gens formulent : le code devient regénérable. Une implémentation qu’un agent réécrit en vingt minutes n’est plus le capital du projet. Le capital, c’est tout ce qui contraint et explique ce code : les décisions, le vocabulaire, les contrats, les tests, les conventions. Perdez le code, vous le regénérez ; perdez les artefacts, vous regénérez n’importe quoi.

D’où la règle qui structure toute la série : chaque artefact vit dans le dépôt, versionné, relu en pull request — parce que c’est là, et seulement là, que votre agent le lit à chaque session. Un wiki externe est invisible pour lui ; un fichier Markdown à côté du code est du contexte gratuit.

La carte : quatre familles

1. La mémoire des décisions — le pourquoi

Artefact Ce qu’il capture L’article
ADR une décision prise, ses options, son prix déjà publié
RFC / design doc une décision en cours — le débat organisé 24 août
Historique Git les mille petites décisions, commit par commit déjà publié

Le fil rouge de cette famille : la barrière de Chesterton. Un agent qui ignore pourquoi une chose existe la démolit avec enthousiasme.

2. L’intention — le quoi

Artefact Ce qu’il capture L’article
Spec le comportement attendu, source de vérité 23 août
Template d’issue le brief d’une tâche, prêt pour un agent déjà publié
Plan d’implémentation le comment, validé avant le code 25 août
Tests la spec exécutable — celle qui ne peut pas mentir 26 août

C’est la famille du contrôle : en vibe coding, on ne relit pas 2 000 lignes de diff — on valide une spec, on amende un plan, on exige des tests verts.

3. Les garde-fous — ce qui s’applique tout seul

Artefact Ce qu’il capture L’article
Schémas et contrats (OpenAPI, JSON Schema, types) les frontières machine-vérifiables 27 août
Linters et analyzers les conventions auto-appliquées 28 août
Une branche par agent l’isolation qui rend les erreurs réversibles déjà publié

La famille préférée des agents : ils ne lisent même pas ces artefacts, ils se cognent dedans — et se corrigent tout seuls. Chaque règle automatisée est une instruction de moins à écrire et une remarque de moins en review.

4. Le contexte partagé — ce que tout le monde lit

Artefact Ce qu’il capture L’article
AGENTS.md / instructions le guide d’onboarding de l’IA, relu à chaque session 22 août
Glossaire du domaine le vocabulaire unique, métier ↔ code déjà publié
Diagrammes as code la carte du système, éditable par l’agent déjà publié
Runbook le mode d’emploi des pannes connues déjà publié
Postmortem la mémoire des incidents 29 août
llms.txt votre doc publiée, pensée pour les agents des autres 30 août

Le motif qui revient partout

Relisez n’importe quel épisode déjà publié, vous retrouverez les trois mêmes règles — elles valent pour toute la carte :

  1. L’IA propose, l’humain tranche, le dépôt mémorise. L’agent excelle à rédiger le brouillon (l’ADR, le glossaire, le postmortem, le diagramme) ; l’humain garde la décision ; le dépôt garde la trace.
  2. La sélectivité fait la valeur. Dix fiches vivantes battent cent fiches bureaucratiques — un artefact qu’on ne maintient pas devient un mensonge versionné.
  3. Ça valait déjà de l’or avant l’IA. Aucun de ces artefacts n’a été inventé pour les agents ; ils servaient déjà les humains. Les agents les rendent juste deux fois rentables : ce qui aidait le nouveau collègue aide désormais un nouveau collègue qui arrive amnésique à chaque session.

Le mot d’honnêteté

  • N’installez pas les seize d’un coup. Un dépôt qui passe de zéro artefact à tout l’attirail en une semaine produit surtout de la doc morte. Commencez par ce qui saigne : l’agent nomme mal ? Glossaire. Il défait vos choix ? ADR. Il ignore vos conventions ? AGENTS.md et linters.
  • L’artefact ne remplace pas la conversation. Une équipe qui ne se parle plus parce que « tout est dans les docs » a un problème que le Markdown ne réglera pas.

En résumé

  • En vibe coding, le code devient regénérable ; le capital, ce sont les artefacts qui le contraignent et l’expliquent — tous dans le dépôt, versionnés, relus en PR.
  • Quatre familles : la mémoire des décisions (ADR, RFC, Git), l’intention (specs, plans, tests), les garde-fous (schémas, linters), le contexte partagé (AGENTS.md, glossaire, diagrammes, runbooks, postmortems, llms.txt).
  • Partout le même motif : l’IA propose, l’humain tranche, le dépôt mémorise — et la sélectivité fait la valeur.
  • La suite : un artefact par jour jusqu’au 30 août. La carte est dessinée ; en route.

Un dépôt qui parle, c’est un agent qui sait — et un humain qui dort tranquille. Rendez-vous demain pour le premier arrêt : AGENTS.md. Et ça, franchement… c’est pas sorcier.